Lorsque les historiens se pencheront sur cette première décennie du siècle, comment jugeront-ils, avec le recul, les évolutions de l’économie marocaine depuis 10 ans et l’accession au trône de Sa Majesté le Roi?

Changement de rythme et de taille
Sans nul doute, en premier lieu, constateront-ils le changement de rythme et de taille de l’économie et des entreprises marocaines.
Après 12 années d’ajustements structurels pour rétablir les grands équilibres macro-économiques (1981-1993), et quelques années de tâtonnement et d’hésitations à la fin de la décennie 90, le Maroc, très rapidement, s’installe sur un pallier de croissance (hors agriculture) à 6% environ, contre 3% auparavant.
La croissance impressionnante de la Bourse de Casablanca durant cette période, après quelques années de crise au début de la décennie, illustre à elle seule la profonde transformation de l’économie marocaine, avec le quadruplement de la capitalisation boursière (540 milliards aujourd’hui contre 140 milliards fin 1999), et un rythme de croissance bénéficiaire, pour les plus beaux fleurons de l’économie marocaine qui y sont cotés, souvent supérieur à 10%.
De même, la croissance spectaculaire des dépôts et des crédits du système bancaire atteste d’ une économie qui accélère et change de dimension.
Sans doute, les historiens identifieront-ils les causes de cette transformation radicale de l’économie marocaine en observant plusieurs évolutions ou ruptures majeures dans son mode de fonctionnement, toutes initiées par Sa Majesté le Roi avec énergie et détermination.

Visions stratégiques
Le lancement et la mise en œuvre tout au long de la décennie de plusieurs visions stratégiques sectorielles (Vision 2010 pour le Tourisme, Emergence pour l’Industrie, Maroc Vert pour l’Agriculture, Habitat 2012, etc) auront incontestablement libéré les énergies collectives, en réhabilitant l’ambition dans le système de pensée, en ouvrant de nouveaux espaces de développement pour l’économie , en injectant de la visibilité stratégique dans le processus de décision des agents économiques, en canalisant l’investissement vers les secteurs jugés névralgiques de l’économie marocaine.
Dans le même registre, après la signature en 1995 des accords de déprotection douanière avec la Communauté Européenne, le Royaume, au cours de cette décennie, aura affirmé avec détermination la vision stratégique de son positionnement « géo-économique ». En signant plusieurs accords de libre échange et en décrochant le statut de partenaire avancé de l’Union européenne, le Maroc s’impose désormais comme une base de production industrielle compétitive, connectée à plus d’un milliard de consommateurs et intégrée au processus de mondialisation. Notre pays s’arrime ainsi solidement à l’Europe et au Monde, offrant aux opérateurs nationaux ou internationaux une perspective historique fondamentale.

Réformes de structure
En outre, la décennie aura été marquée par de multiples réformes de structure qui normalisent ou réorganisent les relations entre les principaux acteurs de l’économie : nouveau concept de l’Autorité, relation avec l’Administration, nouveaux modes de gouvernance, partenariat entre le secteur public et le secteur privé, Régionalisation etc. Autant de démarches qui conduisent tous les opérateurs, publics ou privés, à s’inscrire dans des logiques de performances, et finissent par installer durablement dans les consciences le sentiment du changement et de renouveau.
De même, l’Initiative Nationale pour le Développement Humain aura convaincu le plus grand nombre que le Royaume est résolument engagé dans une démarche stratégique globale, qui vise à le propulser vers de nouveaux sentiers de croissance, sans laisser cependant de larges franges de la population en dehors de cette dynamique.

Investissements publics et grands travaux
Surtout, l’Etat aura déclenché, au cours de cette décennie, une puissante dynamique d‘investissements publics dans de nombreux domaines et orchestré une ambitieuse politique de grands travaux d’infrastructures (autoroutes, aéroports, ports,…) ou d’aménagements du territoire (nouvelles stations touristiques, nouvelles zones industrielles, ville nouvelles etc).
Le spectaculaire port de Tanger Med, bâti en quelques années seulement, témoigne aux yeux de tous et du Monde, de la nouvelle capacité du Royaume à réaliser efficacement et rapidement ses ambitions les plus légitimes. De fait, l’Etat, montrant la voie aux opérateurs, a réhabilité la dépense publique comme le premier vecteur de la croissance, le meilleur stimulateur de l’investissement privé et un formidable catalyseur de la confiance générale.

Confiance & Croissance
En dernière analyse, cette première décennie du siècle sur le plan économique aura été marquée par une vision stratégique globale impulsée et portée par Sa Majesté le Roi, et dont les effets auront notamment permis de modifier en profondeur quelques uns des paramètres fondamentaux à la base du comportement des principaux acteurs économiques, et qui étouffaient jusque-là l’économie marocaine en l’empêchant de s’épanouir:
D’abord, le rapport au temps : le « temps long », avec des visions stratégiques stimulantes qui éclaircissent l’horizon, indiquent à tous le cap à tenir, canalisent les efforts et les investissements vers les secteurs ou activités stratégiques pour le devenir du Royaume ; mais aussi le « temps court », avec une exigence de performance dans l’exécution qui dicte la cadence et le rythme à tous les acteurs impliqués, sous la surveillance attentive et rapprochée des plus hautes sphères de l’Etat.
Ensuite, le rapport au risque : avec un leadership assumé de l’Etat, qui ose s’engager, qui voit plus loin et plus grand comme jamais auparavant, qui réalise des projets ou des infrastructures dont chaque citoyen peut s’enorgueillir, qui montre l’exemple et la voie, qui redonne à la volonté en politique ses lettres de noblesse, qui rassure en définitive sur la capacité du Royaume à se développer et à réaliser ses objectifs.
De ces deux ruptures fondamentales découlent directement le fait le plus marquant de la décennie : l’installation d’une confiance durable en l’avenir partagée par la plupart des opérateurs économiques, et désormais par de plus en plus de citoyens marocains. Et c’est précisément cette confiance, notion incertaine mais déterminante en matière économique, qui aura permis d’actionner la propension à consommer et à la propension à investir, les deux variables fondamentales qui conditionnent l’équation de la croissance.

Les enjeux
Naturellement, cette décennie aura eu aussi ses insuffisances. L’économie marocaine a encore de nombreuses faiblesses, notamment son industrie trop peu développée et trop faiblement exportatrice. Quelques compartiments de l’environnement des affaires ne sont toujours pas au niveau exigé par les standards internationaux de compétitivité. Il y eut aussi quelques dérives, avec des comportements spéculatifs insuffisamment encadrés qui ont pu provoquer des effets pervers dommageables sur certains secteurs de l’économie. Mais que de changements accomplis en si peu de temps ! Et combien rares étaient ceux qui, au début de la décennie, auraient pu imaginer une telle « révolution » ?
Au delà des bruits de la conjoncture actuelle, que restera t-il ? Le constat que le Royaume pendant cette décennie a organisé méthodiquement de nombreuses ruptures fondamentales pour changer de rythme et accélérer la cadence, s’extraire de l’ornière du sous-développement, organiser son insertion et sa convergence avec le monde industrialisé, se propulser vers de nouveaux sentiers de croissance, avec détermination. Le sentiment aussi qu’il y est largement parvenu, même si beaucoup reste encore à faire. De fait, les enjeux économiques pour l’avenir sont à la mesure des nouvelles ambitions du Maroc.
Si l’objectif principal de notre politique de développement économique reste l’amélioration rapide du niveau de vie de la population marocaine, ainsi que la réduction des fractures sociales qui subsistent, le défi principal réside donc assurément dans la capacité de l’économie marocaine à s’installer durablement sur un sentier de croissance encore plus soutenue, à deux chiffres, avec en corollaire, la capacité à l’organiser pour augmenter simultanément son potentiel de production, de consommation, d’investissement et d’exportation.
A cet effet, outre la poursuite des actions et des stratégies déjà engagées, et les nombreuses actions qu’il faudra promouvoir par ailleurs, trois domaines nécessiteront une attention particulière: Les systèmes d’éducation et de formation du capital humain, afin d’augmenter très significativement la population active employée, le nombre de cadres et de managers, sans oublier celui des entrepreneurs; Les systèmes de financement de l’économie, dont la capacité à accompagner la croissance conditionne toute ambition; Les systèmes de prospective, de planification, et de régulation, qui détermineront la capacité à se projeter dans l’avenir pour y puiser l’énergie du rêve et de l’ambition, à y déceler les nouveaux impératifs, à programmer finement les chemins de développement des stratégies mises en œuvre, à piloter au jour le jour les différents paramètres et à corriger toutes dérives sans délais.
Si, pour conclure, il fallait oser tracer une perspective, ne faudrait-il pas songer au jour, a priori inéluctable, où la population du Royaume dépassera celle, en décroissance, de son voisin ibérique? Parce qu’au-delà des craintes que la démographie inspire souvent, la vitalité de la population marocaine est l’un des atouts du Maroc pour devenir une puissance économique régionale. D’autres pays ont démontré que l’on pouvait passer du sous- développement au statut de « dragon économique », en moins de trente ans. La décennie qui s’achève aura démontré que beaucoup est possible lorsqu’on le veut vraiment, et elle sera, à n’en pas douter, la décennie sur laquelle pourra se construire le devenir d’un Royaume prospère.